Que faire à Gjirokastër, la Ville de Pierre en Albanie ?
Gjirokastër, nichée dans la pittoresque vallée de la rivière Drinos au sud de l’Albanie, est une destination qui captive l’imagination par son histoire profonde et son architecture distinctive. Reconnue comme un site du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2005, la ville est un exemple remarquable d’une cité ottomane bien préservée. Elle est affectueusement surnommée la « Ville de Pierre » en raison de ses toits en pierre caractéristiques et de ses rues pavées escarpées, et également la « Ville aux mille marches », une description qui illustre parfaitement son terrain unique.
Ce guide exhaustif propose un voyage à travers les époques, des conseils pratiques pour la planification du séjour, une découverte des sites incontournables sur place, et des suggestions d’activités pour découvrir les environs.
L’histoire de Gjirokastër
L’histoire de Gjirokastër est une mosaïque complexe de civilisations et d’influences, chacune ayant laissé une empreinte indélébile sur son paysage et son identité.
Des Origines Antiques à l’Empire Ottoman
Le site de Gjirokastër a été continuellement habité depuis des temps immémoriaux. Des preuves archéologiques révèlent une présence humaine dès l’âge de pierre sur la colline du château, où les Grecs anciens ont érigé des fortifications primitives. Des artefacts de poterie datant du début de l’âge du fer ont également été découverts, suggérant une occupation précoce de la région par la tribu grecque antique des Chaoniens.
Le développement urbain de Gjirokastër a véritablement pris forme au Moyen Âge, avec les premières fortifications du château datant des 5e-6e siècles de notre ère, étendues entre les 9e et 10e siècles. La ville est mentionnée pour la première fois dans des documents byzantins en 1336 sous le nom d’« Argyrókastro » ou « Argyropolis », signifiant respectivement « Château d’argent » ou « Ville d’argent ». Cette période byzantine a jeté les bases de son importance régionale.
La conquête ottomane en 1417 a marqué un tournant décisif dans l’histoire de Gjirokastër. Sous cette domination, la ville a prospéré et a développé le style architectural distinctif pour lequel elle est aujourd’hui célèbre.
L’héritage Ottoman et l’inscription à l’UNESCO
Gjirokastër est un exemple rare et exceptionnel de ville de la période ottomane. Ses maisons à deux étages et ses maisons-tours, connues sous le nom de kule, se sont développées à partir du 17e siècle. Ces structures, avec leurs toits en pierre et leurs balcons en bois, sont emblématiques de l’architecture des Balkans. Au cœur de la ville se trouve un bazar dont les origines remontent au 17e siècle. Bien qu’un incendie au 19e siècle ait nécessité une reconstruction quasi-totale, les bâtiments ont été fidèlement rebâtis dans le style original, assurant la préservation de l’esthétique historique. La ville abrite également une mosquée du 18e siècle et deux églises de la même période, témoignant de la coexistence de diverses communautés religieuses.
L’inscription de Gjirokastër (avec Berat) sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2005 souligne sa valeur universelle exceptionnelle. La ville est reconnue comme un témoignage remarquable de divers types de monuments et d’habitations urbaines vernaculaires de la période ottomane classique, en continuité avec les diverses cultures médiévales qui l’ont précédée Cette reconnaissance met en lumière la superposition identitaire de Gjirokastër. L’histoire de la ville n’est pas une simple succession d’événements, mais une accumulation continue d’influences culturelles et politiques. Des civilisations grecques et byzantines à l’Empire ottoman, puis à l’ère communiste, chaque période a ajouté une couche à l’identité de la ville. Le paysage architectural et culturel de Gjirokastër est une manifestation directe de ces couches historiques successives. Pour un voyageur, cela signifie qu’explorer Gjirokastër ne consiste pas seulement à visiter un site historique, mais littéralement à traverser des siècles de cultures et de changements politiques entrelacés, offrant une expérience plus riche et plus complexe qu’une ville historique d’une seule période. C’est cette profondeur qui justifie sa désignation UNESCO au-delà de la simple présence de « vieux bâtiments ».
Un aspect fascinant de Gjirokastër est le paradoxe de sa préservation et du changement. Bien que célébrée pour son état de conservation, la ville a également connu des destructions et des reconstructions significatives. Par exemple, le bazar a été entièrement reconstruit après un incendie au 19e siècle, et la maison d’Enver Hoxha, aujourd’hui le Musée Ethnographique, a été détruite par un incendie en 1966 et reconstruite. Cette situation révèle que la préservation ne concerne pas toujours les structures physiques originales datant de plusieurs siècles, mais plutôt le maintien du style architectural et du tissu urbain. Les efforts de reconstruction ont mimé le style original, garantissant que le caractère de la ville était conservé malgré la destruction physique. Cela témoigne d’un effort conscient pour préserver l’âme et l’esthétique de la période ottomane. Cette compréhension enrichit l’appréciation du visiteur, car il ne s’agit pas seulement de voir de vieilles pierres, mais de reconnaître la résilience d’une identité culturelle qui s’est reconstruite à son image.

De l’ére moderne à aujourd’hui
Le 20e siècle a apporté son lot de turbulences à Gjirokastër. Après les guerres des Balkans (1912-1913), la ville fut intégrée à l’État albanais nouvellement formé. Elle a ensuite subi des périodes d’occupation par les Italiens, les Grecs et les Allemands entre 1939 et 1944.
Le régime communiste a également laissé une empreinte durable. Le château de Gjirokastër, par exemple, fut converti en prison par le roi Zog dans les années 1930, puis largement utilisé par le régime communiste jusqu’en 1968 pour détenir des prisonniers politiques. Gjirokastër est également le lieu de naissance d’Enver Hoxha, le dictateur communiste qui a dirigé l’Albanie de 1944 à 1985. Sa maison natale, détruite par un incendie en 1966, a été reconstruite et abrite aujourd’hui le Musée Ethnographique.
La ville est aussi le berceau d’Ismail Kadare, l’un des auteurs albanais les plus célèbres, dont la maison est désormais un musée dédié à sa vie et son œuvre. Sur le plan religieux, Gjirokastër était traditionnellement un centre de l’ordre Bektashi des musulmans, avec une turbe Bektashi située à l’intérieur du château.
Quand visiter Gjirokastër – Le meilleur moment pour votre aventure ?
Gjirokastër bénéficie d’un climat méditerranéen. La ville connaît des variations saisonnières distinctes qui influencent grandement l’expérience de visite.
Climat et saisons idéales
Le printemps (avril-juin) et l’automne (septembre-octobre) sont généralement considérés comme les meilleures périodes pour visiter l’Albanie, y compris Gjirokastër. Ces saisons offrent des températures douces et agréables, des paysages colorés, et des foules moins importantes, ce qui est idéal pour la photographie et la randonnée. L’automne est particulièrement recommandé pour les villes de pierre comme Gjirokastër et Berat, car la chaleur estivale intense s’est estompée, rendant l’exploration plus confortable.
L’été (juin-août) est caractérisé par des températures élevées, dépassant fréquemment les 30°C et pouvant atteindre 38°C en juin. C’est la haute saison touristique, ce qui signifie plus de monde et des prix potentiellement plus élevés.
L’hiver (décembre-mars) est la basse saison. Les températures sont plus fraîches, avec des précipitations importantes, notamment en décembre et janvier. Les minimales peuvent descendre bas en hiver. Bien qu’il y ait moins de visiteurs, certaines installations touristiques peuvent être fermées.
Températures, précipitations et ensoleillement mois par mois
Les mois les plus chauds à Gjirokastër sont juin, juillet et août, avec des températures moyennes quotidiennes oscillant entre 21°C et 24°C. Les mois les plus froids sont janvier, février et décembre, où les moyennes quotidiennes se situent entre 4°C et 7°C.
En termes de précipitations, janvier, novembre et décembre sont les mois les plus pluvieux, tandis que juin, juillet et août sont les plus secs. L’ensoleillement est maximal en juillet, avec une moyenne impressionnante de 427 heures, suivi d’août et septembre. Les mois de janvier, novembre et décembre reçoivent le moins d’ensoleillement. L’indice UV est extrêmement élevé en juin et très élevé en juillet et août, nécessitant une protection solaire maximale.
Pour faciliter la planification, le tableau suivant synthétise les moyennes climatiques mensuelles à Gjirokastër :
Moyennes climatiques mensuelles à Gjirokastër
| Mois | Temp. Moy. (°C) | Temp. Max. Moy. (°C) | Temp. Min. Moy. (°C) | Précip. Moy. (mm) | Jours de Pluie Moy. | Heures d’Ensoleillement Moy. | Indice UV Maximal |
| Janvier | 4 | 13 | -0 | 148 | 12 | 195 | Modéré (4) |
| Février | 7 | 17 | 2 | 146 | 11 | 250 | Modéré (4) |
| Mars | 9 | 20 | 3 | 142 | 12 | 322 | Modéré (4) |
| Avril | 12 | 24 | 7 | 106 | 11 | N/A | Élevé (7) |
| Mai | 16 | 27 | 11 | 63 | 13 | N/A | Très Élevé (9) |
| Juin | 21 | 31 | 15 | 32 | 11 | N/A | Extrême (11) |
| Juillet | 24 | 33 | 17 | 25 | 4 | 427 | Très Élevé (10) |
| Août | 24 | 34 | 18 | 25 | 4 | 396 | Très Élevé (10) |
| Septembre | 20 | 30 | 14 | 64 | 7 | 344 | Élevé (7) |
| Octobre | 15 | 25 | 9 | 112 | 8 | N/A | Modéré (4) |
| Novembre | 11 | 21 | 6 | 233 | 12 | N/A | Modéré (4) |
| Décembre | 6 | 15 | 3 | 244 | 14 | N/A | Modéré (4) |

Éviter les foules et la chaleur estivale
La planification d’une visite à Gjirokastër implique une optimisation entre le confort climatique et l’expérience des événements locaux. Les saisons intermédiaires, comme mai ou octobre, offrent des températures douces et moins de foules, ce qui est idéal pour explorer la ville. Cependant, l’été, bien que plus chaud et plus fréquenté, accueille le Festival National du Folklore, un événement culturel majeur qui se tient au château de Gjirokastër fin juin/début juillet.
Pour Gjirokastër, une « ville de pierre » aux rues escarpées, la chaleur estivale extrême peut considérablement nuire à l’expérience de la marche et de l’exploration. La recommandation de visiter les « villes UNESCO en pierre comme Gjirokastër et Berat, qui ne seront pas aussi étouffantes qu’en été » est une considération essentielle. Par conséquent, bien que l’été propose des festivals, le confort physique pour les visites touristiques à Gjirokastër est compromis. Les voyageurs doivent donc établir leurs priorités : privilégient-ils le confort et l’absence de foule pour une exploration sereine, ou souhaitent-ils vivre un événement culturel majeur malgré un inconfort potentiel lié à la chaleur? Si une visite estivale est inévitable, il est conseillé de planifier les activités tôt le matin ou en fin d’après-midi.
Événements spéciaux : Le Festival National du Folklore
Le château de Gjirokastër est le lieu du Festival National du Folklore Albanais. Ce festival, qui a lieu tous les quatre ans, est un événement culturel majeur. Il rassemble des artistes de toute l’Albanie et des pays voisins, y compris des communautés Arbëresh d’Italie et des groupes de Grèce, dans le but de promouvoir le riche patrimoine ethno-musical et ethnographique albanais.
Par ailleurs, l’hiver, bien que généralement considéré comme une basse saison avec des fermetures, offre un attrait singulier. La saison plus calme présente des opportunités d’explorer le pays à un rythme plus lent. Janvier, par exemple, est idéal pour une exploration sans foule des centres urbains comme Tirana, une observation qui peut s’étendre à Gjirokastër pour un certain type de voyageur. Bien que l’exploration en plein air à Gjirokastër puisse être moins attrayante en raison de la pluie et du froid, la basse saison plus calme pourrait offrir une expérience plus intime de la « Ville de Pierre » sans les foules de touristes. Le château reste ouvert, bien qu’avec des horaires réduits. Pour ceux qui privilégient la solitude, des prix plus bas et une ambiance plus locale, et qui ne craignent pas le froid ou la pluie, l’hiver pourrait être une expérience étonnamment enrichissante, bien que différente.
Comment se rendre à Gjirokastër ?
Se rendre à Gjirokastër nécessite une planification, mais plusieurs options sont disponibles pour s’adapter à différents styles de voyage.
Par avion : Les aéroports proches
L’Aéroport International de Tirana (TIA) est le plus grand aéroport d’Albanie et le plus populaire auprès des voyageurs. Il est situé à environ 152 km de Gjirokastër, ce qui représente un trajet d’environ 2h50 en voiture. De nombreuses compagnies aériennes, dont Wizz Air, Ryanair, Eurowings, Pegasus, Lufthansa et Transavia, proposent des vols directs vers TIA depuis de nombreuses villes européennes.
Cependant, il existe d’autres options, notamment en Grèce. L’Aéroport National d’Ioannina (IOA) en Grèce est situé à seulement 72 km de Gjirokastër, soit environ 1h17 de route. C’est une option intéressante pour ceux qui voyagent depuis ou vers la Grèce. L’Aéroport International de Corfou (CFU), également en Grèce, est géographiquement le plus proche à 56 km, mais le trajet prend environ 3h50 en raison de la nécessité de prendre un ferry et de traverser la frontière.
Par bus : Liaisons nationales et internationales
Le bus est une option économique et fiable pour se rendre à Gjirokastër. Depuis Tirana, les bus partent du Terminal Régional Nord et Sud. Il y a environ 11 départs quotidiens, avec des horaires allant de 05h00 à 20h30. Le trajet dure environ 4 heures, pour un coût d’environ 12€. Il est important de noter qu’il n’y a pas de bus de nuit en Albanie.
Depuis Saranda, plusieurs bus et minibus circulent quotidiennement, le trajet prenant environ une heure. Cependant, les connexions sont devenues moins fréquentes avec l’ouverture du tunnel de Skërfica. Des bus sont également disponibles depuis d’autres villes albanaises comme Berat (deux fois par jour), Përmet (trois fois par jour) et Korçë (une fois par jour, sauf le dimanche).
Pour les voyageurs venant de Grèce, un bus direct part d’Ioannina à 6h00. Beaucoup d’Albanais préfèrent traverser la frontière de Kakavija à pied et prendre des minibus ou taxis locaux pour les 30 derniers kilomètres jusqu’à Gjirokastër. Des bus partent de Gjirokastër vers Kakavija à 7h30, 10h30, 14h00 et 16h30. Les bagages sont généralement facturés par pièce. Le bus est également une option de voyage écologique, avec des émissions de CO2 par passager significativement plus faibles que les voitures ou les avions.
Les liaisons en bus vers Gjirokastër
| Ville de Départ | Durée Estimée | Prix Approximatif (€) | Fréquence |
| Tirana | 3h51 – 4h | 12 | 11 départs/jour |
| Saranda | ~1h | ~4 (estimation) | Plusieurs/jour |
| Berat | N/A | N/A | 2 fois/jour |
| Përmet | ~1h | N/A | 3 fois/jour |
| Korçë | N/A | N/A | 1 fois/jour (sauf dim.) |
| Ioannina (Grèce) | N/A | N/A | 1 fois/jour (6h00) |

En voiture ou taxi : Flexibilité et coût
La location de voiture offre une grande flexibilité pour explorer l’Albanie. Des agences de location sont présentes à l’aéroport international de Tirana. Le trajet en voiture depuis Tirana dure environ 3h20 et coûte entre 40 et 50€. Il est important de noter que Gjirokastër est située dans une grande vallée sans routes directes depuis la côte, ce qui peut transformer un trajet court en un détour de plus de 2 heures.
Prendre un taxi de Tirana à Gjirokastër est l’option la plus chère, pouvant coûter plus de 100€, voire 150€ selon le service et le point de départ.
Se déplacer dans Gjirokastër
La ville de Gjirokastër est connue pour ses rues très escarpées et pavées, ce qui lui a valu le surnom de « Ville aux mille marches ». Cette caractéristique topographique distinctive a un impact significatif sur la façon dont les visiteurs se déplacent dans la ville. La meilleure façon d’explorer la vieille ville est à pied, car la plupart des attractions sont accessibles à pied depuis le centre historique. Cependant, cela nécessite de bonnes chaussures et une certaine endurance physique.
Pour les montées raides ou si la marche est difficile, un taxi est une bonne option pour se déplacer dans la vieille ville. Un circuit de bus public relie la vieille ville et la nouvelle ville, mais les bus privés sont interdits dans les rues étroites et pentues de la vieille ville. Cette réalité du terrain signifie que les visiteurs doivent prévoir un temps supplémentaire pour les montées et que l’accessibilité pourrait être un problème pour certains voyageurs. Ce n’est pas une ville pour des visites rapides, mais pour une exploration délibérée, souvent exigeante, ce qui est une note pratique importante pour la planification.
Combien de temps faut-il pour visiter Gjirokastër?
La durée idéale pour visiter Gjirokastër dépend grandement des intérêts et du rythme de voyage de chacun.
L’essentiel en une journée (pour les visiteurs pressés)
Pour les voyageurs ayant peu de temps, une excursion d’une journée est réalisable, surtout si l’on part tôt de Tirana. En une journée, il est possible de se concentrer sur les points forts. Une visite guidée à pied gratuite le matin peut aider à se familiariser rapidement avec la ville et le bazar. Ensuite, une visite du château de Gjirokastër est indispensable, prévoyant environ 1h30 pour l’exploration générale, ou 2 à 3 heures si l’on souhaite approfondir les musées qu’il abrite. Certains avis suggèrent même que 3 à 4 heures sont suffisantes si la visite est un simple passage sans intention de s’attarder.
Une exploration approfondie (2-3 jours : pour les sites majeurs et une excursion)
Deux jours complets, ou trois nuits, sont généralement considérés comme la durée parfaite pour une première visite à Gjirokastër. Cette période permet de découvrir la plupart des attractions principales de la ville et d’inclure une excursion d’une journée dans les environs.
En 2-3 jours, les visiteurs peuvent explorer le château, le bazar, les maisons historiques (Skënduli, Zekate, Ismail Kadare), le Musée Ethnographique, et les tunnels de la Guerre Froide. Il est également possible d’intégrer une excursion à la Source de l’Œil Bleu, une merveille naturelle située à proximité. Cette durée offre un équilibre entre la découverte des sites majeurs et la possibilité de s’imprégner de l’atmosphère sans se sentir trop pressé.
Pour les voyageurs lents (3-5 jours : immersion culturelle et découverte des environs)
Pour ceux qui privilégient un rythme de voyage lent et une immersion culturelle profonde, un séjour de 3 à 5 jours est idéal. Cette durée permet d’explorer absolument tout ce que Gjirokastër a à offrir.
Avec plus de temps, les visiteurs peuvent se détendre dans les cafés locaux, interagir avec les habitants, et entreprendre plusieurs excursions dans les environs, comme le rafting sur la rivière Vjosa ou la visite d’autres sites archéologiques et villes UNESCO. La durée est directement proportionnelle à la profondeur d’engagement souhaitée. Une courte visite est destinée à cocher les principaux points d’intérêt. Deux jours permettent de visiter les sites historiques essentiels et peut-être une attraction naturelle à proximité. Trois à cinq jours s’adressent à ceux qui veulent s’imprégner de l’atmosphère locale, explorer chaque musée, interagir avec la vie locale et faire plusieurs excursions d’une journée. La nature centrée sur l’histoire et le patrimoine de la ville signifie que plus de temps passé offre des récompenses plus riches pour ceux qui sont intéressés.
Le château de Gjirokastër
Dominant la ville, le château de Gjirokastër est une forteresse imposante, l’une des plus grandes des Balkans, et un témoin silencieux de l’histoire tumultueuse de la région.
Histoire et architecture imposante
L’histoire du château remonte au 14e siècle, bien que des preuves archéologiques suggèrent une occupation de la colline dès l’âge de pierre et l’existence de fortifications grecques antiques. Les Ottomans ont pris le contrôle de la forteresse en 1417. Sa taille actuelle a été atteinte sous le règne d’Ali Pacha de Tepelenë à la fin du 18e et au début du 19e siècle. Une légende locale raconte qu’une princesse a sauté d’une des tours avec son bébé pour échapper à la capture ottomane, ajoutant une touche de drame à son passé.
Le château a toujours joué un rôle stratégique, surplombant la ville et la route vitale de la vallée du Drino. Au fil du temps, il a servi de fortification, de prison, de musée militaire et de site de festival. Le roi Zog l’a converti en prison dans les années 1930, et il a continué à être utilisé pour les prisonniers politiques sous le régime communiste jusqu’en 1968.
Le château est un microcosme de l’histoire albanaise. Son évolution, d’une ancienne fortification à une forteresse ottomane, une prison royale et un musée communiste, résume parfaitement l’histoire turbulente et multiforme de l’Albanie elle-même. Chaque section du château – le musée des armes, la prison – est un portail vers un chapitre différent, souvent difficile, de l’histoire du pays. Le passage du « musée anti-fasciste » au « Musée Ethnographique » reflète également une réévaluation de l’histoire après le communisme.
Ce qu’il faut voir à l’intérieur
La visite du château offre une immersion profonde dans l’histoire albanaise.
- Musée National des Armes : Ouvert en 1971 dans une partie de l’ancienne prison, ce musée expose des armes albanaises de l’indépendance (1912) à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec un accent particulier sur la lutte des partisans contre les forces d’occupation. Les visiteurs peuvent y observer des pièces d’artillerie, un petit char italien Fiat, et les restes d’un avion américain T33 Shooting Star. L’avion a une histoire controversée, présenté comme un « trophée » de la lutte communiste contre les puissances occidentales, bien que des rumeurs suggèrent une panne technique.
- Musée de Gjirokastër : Ce nouveau musée offre un éclairage intéressant sur les événements passés de la ville et les personnalités qui y sont nées.
- L’ancienne prison : L’entrée se trouve dans la première galerie du Musée National des Armes. Utilisée par le régime du roi Zog, les forces d’occupation et le régime communiste, la visite des cellules où les prisonniers vivaient dans des conditions épouvantables est une expérience saisissante.
- La Tour de l’Horloge : Ajoutée au 18e siècle et agrandie par Ali Pacha, elle offre une superbe vue panoramique sur la ville.
- La scène du Festival National du Folklore : Érigée dans les années 1980, elle accueille le festival tous les quatre ans.
- Bektashi Turbe : Un petit bâtiment abritant les restes de deux Babas Bektashi.
- Vues panoramiques : Le château offre des vues imprenables sur la ville et la vallée du Drino. Il est recommandé de visiter en fin d’après-midi ou début de soirée pour profiter du coucher de soleil.
Informations pratiques
Le château est ouvert toute l’année. D’avril à septembre, les horaires sont généralement de 9h00 à 19h00 ou 18h00. D’octobre à mars, il est ouvert de 9h00 à 17h00 ou 8h00 à 16h00. Il ferme la nuit.
Le prix d’entrée est de 400 Lekë. Pour les groupes de 12 personnes ou plus, le tarif est de 300 Lekë et pour les invalides, étudiants et personnes âgées, 200 Lekë. Des billets séparés doivent être achetés pour chaque musée à l’intérieur du château.
Il est recommandé de prévoir environ 1h30 pour une visite générale du château, et 2 à 3 heures si l’on souhaite explorer les musées et les terrains en profondeur. Un petit bar est situé à l’intérieur des remparts pour des rafraîchissements. L’entrée du château se fait par son extrémité sud et est accessible depuis le Vieux Bazar via une rue pavée raide.

Informations clés sur le château de Gjirokastër
| Caractéristique | Détail |
| Horaires d’Ouverture (Haute Saison) | 09h00 – 19h00 (Avril-Septembre) |
| Horaires d’Ouverture (Basse Saison) | 09h00 – 17h00 (Octobre-Mars) |
| Prix d’Entrée Standard | 200 Lekë ou 400 ALL / 4 euros |
| Prix d’Entrée Groupes / Concessions | 300 ALL / 3 euros (groupes 12+), 200 ALL / 2 euros (invalides/personnes âgées) |
| Coût Musées (si séparé) | Billets séparés requis pour chaque musée |
| Durée de Visite Recommandée | 1h30 (général) à 2-3 heures (avec musées) |
| Attractions Principales | Musée National des Armes, Musée de Gjirokastër, Ancienne Prison, Tour de l’Horloge, Scène du Festival, Bektashi Turbe, Vues panoramiques |
Que faire à Gjirokastër : Les incontournables de la Ville de Pierre ?
Gjirokastër offre une multitude d’activités qui permettent de s’immerger dans son histoire, sa culture et sa vie quotidienne.
Flâner dans le Vieux Bazar (Qafa e Pazarit)
Le Vieux Bazar est le cœur battant de la vieille ville de Gjirokastër. Son histoire remonte au 17e siècle, mais il a été entièrement reconstruit au 19e siècle après un incendie, tout en préservant son architecture d’origine avec ses rues pavées et ses façades médiévales. Les bâtiments sont souvent à deux ou trois étages, avec des artisans travaillant au rez-de-chaussée et des logements aux étages supérieurs. Une passerelle à l’avant des bâtiments permettait aux clients de circuler, un exemple tangible de la planification urbaine ottomane adaptée au terrain en pente.
Le Bazar est un musée vivant, au-delà de la simple vente de souvenirs. Sa conception, avec des espaces de vie et de travail intégrés et des allées spécifiques pour les clients, témoigne d’un centre économique autonome et communautaire où la vie quotidienne et le commerce étaient entrelacés. La continuité du travail artisanal renforce encore ce point. Les visiteurs y trouveront des cadeaux faits à la main en bois, en pierre et en tissu, ainsi que des souvenirs et de la nourriture. C’est également un excellent endroit pour observer les gens et s’imprégner de l’ambiance locale.
Explorer les maisons historiques
Gjirokastër est célèbre pour ses maisons-tours ottomanes, ou kule, qui offrent un aperçu de la vie des familles aisées de l’époque.
- Maison Skënduli : Construite en 1700 par le patriarche d’une des familles les plus riches du sud de l’Albanie. Cette maison impressionnante s’étend sur trois niveaux et compte 64 fenêtres, 44 portes, 9 cheminées et 6 toilettes. Rendue à la famille après 1991, elle est ouverte au public pour montrer la vie au 19e siècle.
- Maison Zekate : Construite en 1811-1812 pour un administrateur sous Ali Pacha. Perchée sur une colline, elle offre des vues magnifiques et dispose d’une terrasse où l’on peut prendre un café. L’entrée coûte 250 Lek, mais l’accès à la terrasse est gratuit.
- Maison d’Ismail Kadare : Un musée historique dédié à la vie et à l’œuvre de l’écrivain albanais de renommée mondiale, Ismail Kadare.
- Musée Ethnographique : Situé dans le bâtiment reconstruit de la maison natale d’Enver Hoxha. Il présente des artefacts culturels tels que des meubles, des costumes et des objets ménagers, illustrant la vie d’une famille aisée du 19e siècle. Il est ouvert de 9h00 à 16h00 tous les jours, avec un droit d’entrée de 500 Lek. Il est important de noter qu’il n’y a rien dans la collection concernant Hoxha lui-même.
La visite de ces maisons offre un aperçu direct et intime de la structure sociale et de la vie quotidienne des familles aisées de Gjirokastër au 19e siècle, offrant un contrepoint à l’histoire publique plus grandiose du château. Alors que le château raconte l’histoire du pouvoir et des conflits, ces maisons offrent une compréhension plus « vernaculaire » et intime de la vie quotidienne, de la hiérarchie sociale et de la culture domestique pendant la période ottomane. Des détails comme le nombre de fenêtres et de cheminées de la maison Skënduli offrent des exemples concrets de la richesse et du mode de vie. Le fait que la maison Skënduli ait été « rendue à la famille » fait également allusion à la restitution post-communiste et à la réémergence du patrimoine privé. Ces maisons procurent un sentiment d' »authenticité » et de connexion avec le passé qui est différent, mais tout aussi précieux, que les monuments publics.
Plongée dans l’histoire de la Guerre Froide
Gjirokastër offre une perspective unique sur la période communiste de l’Albanie, notamment à travers ses sites liés à la Guerre Froide.
- Tunnels de la Guerre Froide (Musée de la Guerre Froide) : Ce vaste réseau de tunnels souterrains, d’une longueur de 800 mètres et comprenant 59 pièces, a été construit sous le régime communiste d’Enver Hoxha. Il servait d’abri et de lieu de stockage en cas d’attaque. La visite guidée dure environ 20 minutes et plonge les visiteurs dans l’atmosphère sombre et froide de cette époque.
- Le « Cold War Tunnel » (non muséal) : Un autre tunnel, d’environ 100 mètres de long, se trouve juste avant l’entrée de la vieille ville et du Bazar, sous le château. Il est éclairé et permet une promenade libre, offrant une autre vue sur la vallée.
La présence de ces tunnels et du musée de la prison dans le château témoigne de la persistance du passé communiste. Ces sites ne sont pas de simples reliques, mais des rappels tangibles de l’isolement et de la paranoïa qui ont caractérisé l’Albanie sous la dictature d’Enver Hoxha. La visite de ces lieux permet de comprendre la vie quotidienne sous un régime répressif et la manière dont le passé récent continue de façonner l’identité albanaise. Cela offre une expérience éducative et souvent troublante, essentielle pour comprendre la complexité de l’histoire moderne du pays.
Goûter à la gastronomie locale
La cuisine de Gjirokastër est un délice pour les papilles, reflétant les influences historiques et la richesse des produits locaux.
- Qifqi : Ces boulettes de riz frites sont un plat authentique et traditionnel de Gjirokastër. Elles sont préparées avec du riz bouilli, des œufs, de la menthe, de l’huile d’olive, du sel et du poivre noir, puis frites dans une poêle spéciale à sept alvéoles. Elles sont souvent servies avec une salade verte ou de l’ajvar, accompagnées d’un verre de dhallà (boisson à base de yaourt).
- Oshaf : Un dessert traditionnel de Gjirokastër à base de lait de brebis, de sucre et de figues séchées. La préparation implique de cuire le mélange au four jusqu’à ce qu’il épaississe, souvent agrémenté de cannelle et de clous de girofle.
- Lakrori me thember : Une recette locale à base de dinde, transmise de génération en génération, souvent accompagnée d’un verre de vin rouge ou de raki.
- Byreku qahi : Une variation locale du byrek, une tourte salée ou sucrée. Le Qahi est principalement à base d’épinards, mélangés à de l’aneth vert haché, des œufs, du fromage blanc, de l’huile d’olive, du sel et du poivre noir, le tout enveloppé dans une pâte très fine et servi avec du yaourt.
- Shapkat : Une tourte de maïs traditionnelle, généralement garnie de fromage feta, d’aneth et d’épinards. Elle est cuite jusqu’à ce que la surface prenne une couleur dorée et est idéalement servie chaude avec un verre de yaourt.
La gastronomie de Gjirokastër est un reflet de son histoire. Des plats comme le qifqi ou le shapkat sont profondément enracinés dans les traditions locales, tandis que d’autres, comme les boulettes de viande (qofte fërguara), montrent l’influence turque et moyen-orientale sur la région. Goûter à ces plats n’est pas seulement une expérience culinaire, mais aussi une façon de se connecter à l’héritage culturel de la ville.
Les activités à faire autour de Gjirokastër
Gjirokastër est une base idéale pour explorer les merveilles naturelles et historiques de la région environnante, soulignant l’interconnexion régionale.
Sites naturels
- Source de l’Œil Bleu (Syri i Kaltër) : Une source karstique fascinante, célèbre pour ses eaux turquoise profondes émergeant d’un bassin de 50 mètres de profondeur. Entourée d’une végétation luxuriante, elle offre un cadre serein et des opportunités de baignade. Des taxis peuvent vous y emmener pour environ 50 euros l’aller-retour.
- Canyon de l’Osumi : Situé à une certaine distance, ce canyon spectaculaire, vieux de 2 à 3 millions d’années, présente des formations rocheuses impressionnantes, 8 cascades et des paysages panoramiques. Des excursions de rafting ou de river tubing y sont organisées.
- Bains Thermaux de Bënja (Përmet) : Près de Përmet, ces sources chaudes naturelles sont une destination relaxante. Des excursions combinées avec le rafting sur la Vjosa sont possibles depuis Gjirokastër.
- Rafting sur la rivière Vjosa : La Vjosa est l’une des dernières rivières sauvages d’Europe, offrant une expérience de rafting de classe II avec quelques rapides de classe III. Des excursions d’une journée sont disponibles depuis Gjirokastër ou Përmet.
- Parc National de Zagoria : Une vallée cachée offrant des opportunités de randonnée et de découverte de la vie rurale albanaise.
Villes et sites historiques proches
- Berat : Surnommée la « Ville aux mille fenêtres », Berat est une autre ville albanaise classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, célèbre pour son architecture ottomane et ses quartiers historiques de Mangalem et Gorica. Elle est située dans le centre de l’Albanie et peut être visitée en bus depuis Gjirokastër.
- Butrint : Un site archéologique majeur, également classé à l’UNESCO, qui présente des ruines de différentes périodes, notamment grecques, romaines, byzantines et vénitiennes. Il est généralement visité lors d’excursions d’une journée depuis Saranda, mais peut être inclus dans des tours plus longs depuis Gjirokastër.
- Saranda et la Riviera Albanaise : Située à moins d’une heure de Gjirokastër, Saranda est une ville côtière animée, point de départ idéal pour explorer les plages de la Riviera Albanaise, souvent comparées aux Maldives de l’Europe.
- Parc Archéologique d’Antigonea : Un site antique situé à environ 5 km de Gjirokastër, qui était le centre urbain local dans l’Antiquité.
- Pont d’Ali Pacha : Faisant partie d’un ancien système d’aqueduc construit par Ali Pacha, ce pont offre un point de vue intéressant sur les environs.
Gjirokastër sert de point de départ idéal pour explorer la richesse de la région. L’interconnexion régionale est manifeste, car la ville est un hub pour accéder à des sites naturels époustouflants comme l’Œil Bleu et la rivière Vjosa, ainsi qu’à d’autres villes historiques classées à l’UNESCO comme Berat et Butrint. Cela permet aux voyageurs de combiner l’exploration culturelle de Gjirokastër avec des aventures en pleine nature et la découverte d’autres joyaux du patrimoine albanais.
Gjirokastër, la « Ville de Pierre », se révèle être bien plus qu’une simple destination touristique ; elle est un musée vivant, un témoignage stratifié de l’histoire albanaise et balkanique. Son statut de site du patrimoine mondial de l’UNESCO est amplement justifié par son architecture ottomane exceptionnellement préservée et sa capacité à raconter des siècles de coexistence culturelle et de transformations politiques.
Une visite de Gjirokastër offre une immersion profonde, où chaque rue pavée et chaque maison-tour murmure des récits du passé. L’exploration du château, avec ses musées et son ancienne prison, permet de comprendre les différentes époques, de l’Antiquité à l’ère communiste, et même de percevoir comment l’histoire a été présentée à des fins politiques. Les maisons historiques, comme Skënduli et Zekate, offrent une perspective intime sur la vie quotidienne des familles aisées, complétant le récit des grands monuments publics. Les tunnels de la Guerre Froide, quant à eux, plongent le visiteur dans une période plus récente et complexe de l’Albanie, offrant un aperçu tangible de son passé isolationniste.
En somme, Gjirokastër invite à une exploration nuancée, où l’histoire, la culture et la nature s’entremêlent pour créer une expérience de voyage inoubliable. C’est une destination qui récompense le voyageur curieux, désireux de découvrir les couches complexes d’un passé riche et d’une identité résiliente.